LA ZONE DU DEDANS

Marche de nuit à travers les coteaux habités de la rive droite de Bordeaux, entre le quartier Dravemont à Floirac et le Parc Palmer à Cenon, septembre 2016.

La biennale Panoramas, qui a lieu sur un vaste territoire traversant et reliant les parcs et chemins de verdure de 4 villes – Bassens, Lormont, Cenon et Floirac – propose à la Grosse Situation d’écrire une marche de nuit avec un bivouac pour un groupe d’une centaine de spectateurs et spectatrices…

Ce terrain de jeu qui nous est offert est tout proche de notre camp de base de Bordeaux. Nous passons une année, à arpenter les coteaux de cette rive droite de la Garonne, méconnue de nous. Il y a encore une cinquantaine d’années, quelques domaines avec fermes et dépendances appartenant à la grande bourgeoisie bordelaise se partageaient le gâteau de ces collines boisées et verdoyantes. Aujourd’hui, ces territoires sont habités, construits, réinvestis et très convoités de toutes parts. Nous avons exploré, fouiné, fait les biches sauvages dans les derniers espaces de nature, parfois abandonnés. Nous avons toqué aux portes, causé, bu des cafés, visité des jardins, parlé différentes langues. Nous avons entendu des histoires intimes et personnelles, d’héritages et de transmissions, des histoires publiques de réduction des budgets de fac de sciences et de projets de promoteurs immobiliers. Nous avons rencontré un astrophysicien, écouté les oiseaux et mangé de l’ail des ours.

Au moment où nous avons imaginé cette marche, l’équipage était imprégné de la lecture d’un roman d’Alain Damasio, la Horde du Contrevent. Dans un monde fantastique où souffle un vent tenace et constant qui vient de l’Extrême-amont, une horde humaine s’organise. Elle vit pour contrer le vent. Chacun·e a sa place dans l’organisation collective. Chacun·e est nommé·e par son rôle au sein de la horde.

Nous nous sommes inspiré·es de cette fable pour imaginer une chose à vivre, un récit, un parcours, une carte et partir à l’aventure à 100, de nuit, à travers les quartiers habités et parcs naturels de la rive droite.

Sur les traces de la Défricheuse de Jour, la horde au complet se révèle. On y découvre l’Accueillante, la Messagère, la Raconteuse, l’Éclaireur, la Meneuse de nuit, le Chasseur cueilleur, le Percepteur des Mondes sauvages, le Bout-en-train, le Comédien aux multiples visages, le Travailleur de l’ombre, le Guetteur de Silence, le Fabricateur d’abris, la Photographe sioux et tous les autres qui s’inventent cette nuit-là…

Il faut se défaire de ses gros godillots pour y aller avec une infinie délicatesse, pour ne rien perturber, ne rien déranger des mondes traversés. La marche se fait donc en charentaises… Les pieds retrouveront leurs chaussures au petit matin.

C’est l’histoire d’une nuit qui voit le jour au moment où une horde feutrée arrive au bout du chemin défriché qui traverse les coteaux. JOUR / NUIT.

De Dravemont à Palmer, comme de la Terre à la Lune, cette marche est une invitation à se demander en permanence chez qui on est, à se demander qui habite là. Car, qu’ils soient publics ou privés, les espaces ici sont tous investis. Furtivement, mine de rien, partir à la rencontre de l’autochtone. Celui qui fait sa vie là. Celui à qui on peut demander son chemin. Celui dont on n’a pas prévu de faire la connaissance et qui peut nous dire dans quel monde on est. Et puis la nuit tous les chats sont gris, nos perceptions changent. La nuit nous permet de devenir sioux, horde, équipage ou naufragés en quête d’une île accueillante.

 

 

De l’ombre à la lumière – Saïd

 

Équipe Grosse Situation : Alice Fahrenkrug, Bénédicte Chevallereau, Lucie Chabaudie, Léa Casteig, Cécile Delhommeau, Césaire Chatelain, Mathias Jacques, Christophe Troquereau, Romain Denisot, Guillaume Grisel, Thierry Lafollie, Marius Chaperon, Camille Florent, Kuba Gorny, Yann Paul, Eva Meignen, Cédric Portenart, Caroline Dulac.

Production : Biennale panOramas 2016
La zone du dedans a été proposée dans le cadre des Nouvelles Marches, conçues par Anne-Cécile Paredes
®Rodolphe Eischer