Botanique d’intérieurs
Vertes ou à fleurs, grandes élancées ou petites touffues, grasses ou filiformes, bichonnées ou délaissées, en pot de yaourt ou en pot de terre, quel lien entretenons-nous avec les plantes que nous avons pris soin d’installer sur le réfrigérateur, à côté de l’ordinateur, sur le bord de la fenêtre ?
Et que disent de nous ces cactus, orchidées, misères, tiges de bambou, caoutchoucs, graines de haricots germées dans du coton, noyaux d’avocats percés de cure-dents, éphémères sapin de Noël dépouillés…?
Faire vivre une plante à l’intérieur qu’est-ce que ça raconte ?
Botanique d’Intérieurs est une invitation à partir à la découverte des plantes qui peuplent nos foyers, nos bureaux, nos évènements publics. Elles sont un écho du jardin, du paysage proche ou lointain, du rêve exotique. Ces évocations de jungles, de jardins zens ou de paradis perdus expriment la mémoire d’un
bouturage d’antan, parfois la filiation, ou le besoin d’une portion de nature qui fait défaut.
Que nous vivions en appartement dans un immeuble de 11 étages, dans un lotissement de plein pied ou en rase campagne dans un village isolé, il y a toujours cette plante compagne.
En quoi s’occuper d’un bégonia en pot nous rapproche des enjeux climatiques ?
Cette relation précaire et indéterminée entre espèces dites « compagnes » implique du soin et de l’attention. Elle nous invite à développer un respect plus profond pour les autres formes de vie et à reconnaître notre place dans le réseau écologique. Il s’agit de découvrir les histoires qui se logent dans le végétal et rendre compte du rhizome que nous formons avec ces vertes étrangères aux noms exotiques.
La plante est enracinée, immobile dans son milieu sans pour autant être captive et pourtant, que nous soyons planté au rez-de-chaussée ou suspendu au dernier étage, nous ne poussons pas sous la même lumière. Alors, le noyau dur de notre for intérieur, comment s’adapte-il ? Comment résiste-t-il ?
« Prendre au sérieux la plante, c’est reconnaître qu’elle n’est pas un degré inférieur sur l’échelle de la vie, mais bien une toute autre manière d’être vivant. » (La pensée végétale, Michael Marderet)
Avec ce projet de terrain, nous poursuivons l’exploration des liens que nous entretenons avec les autres êtres vivants dans l’espace domestique. Cette recherche est en constante évolution depuis 2014 et se réactualise sans cesse grâce aux découvertes récentes sur le sujet. Elle s’enrichit des différents points de vue d’une équipe d’artistes « botanistes » sans cesse renouvelée. Cueilleur.euses, élagueur.euses, teinturier.ères végétale, dessinateur.ices, musicien.nes, constructeur.ices, jardinier.ères amateur.ices…
Protocole et expériences passées
Notre équipe consacre plusieurs jours à l’exploration sur le terrain, avec pour objectif de rencontrer les habitants dans leur environnement quotidien et de découvrir leurs territoires. Ensuite, nous réalisons un travail d’écriture et de transformation artistique pour préparer une balade botanique à l’ intérieur. Nous souhaitons créer des espaces de rencontre en prenant le temps nécessaire avec les participants. L’idée c’est de construire ensemble.
Concrètement qu’est ce qu’une balade botanique d’intérieurs ?
C’est une randonnée délicate et très lente dans un intérieur où l’on parcours à pied un espace restreint et foisonnant à la rencontre de ces habitants végétaux, animaux, humains qui s’épanouissent ou pas dans ce milieu (maison, hall d’exposition, bureau, jardinerie, serre, véranda, entre maison et jardin…) Par le passé, nous avons exploré un quartier de Bordeaux pendant un mois qui a abouti à une balade organisée dans un appartement pour une trentaine de personnes environ. Nous avons traversé au ralenti un appartement sur des patins de parquets, puis échangé des boutures et réalisé une sorte d’étude sociologique.
Pendant un an, tous les mois nous avons étudié le milieu végétal d’un EHPAD. Nous avons conçu un jardin mobile inspiré des objets roulants quotidiens dans ce type d’établissement adapté au manque de mobilité des résident.es . Puis, en partenariat avec les serres municipales de Libourne, nous avons bouturé les plantes que les résident.es avaient cotoyées dans leur vie antérieure. Le projet s’est conclu par l’inauguration musicale de ce jardin dans la salle de vie de l’EHPAD.
Notre dernière recherche s’est déroulée à la Mairie de Mérignac, où nous avons ouvert un bureau « Cultural » à côté du bureau du service « Culturel », transformé en véritable jungle grâce aux prêts de plantes des serres municipales. Pendant un mois, nous avons tenu des horaires de bureau, accueilli des discussions et réalisé des interviews avec une partie des 1500 agents répartis sur les cinq étages de la mairie. Cette fois-ci la botanique d’intérieurs a pris la forme d’une excursion sonore aux casques.
Spécimens étudiés :
UN HABITANT ET SA PLANTE DE SALON
[ Mai-Juin 2014 ]
Balade dans un appartement “représentatif” du quartier saint Michel à Bordeaux
Equipe : Bénédicte Chevallereau (Botaniste d’intérieurs) et Laurent Labat (Graphiste, pratiquant le Reiki sur le bouturage des plantes).
Production : Chahuts
LE RÉSIDENT ET SA PLANTE DE RETRAITE
[ Juin 2016 ]
Balade autour d’un jardin mobile à l’EHPAD de Libourne La Belle Isle
Équipe: Bénédicte Chevallereau et Alice Fahrenkrug (Botanistes d’intérieurs), Cédric Laronche (Musicien), Camille Florent (constructeur du jardin mobile)
Production : Le liburnia – Théâtre de Libourne
LE FONCTIONNAIRE ET SA PLANTE DE BUREAU
[ Mai 2017 ]
Balade dans les couloirs de la mairie de Mérignac
balade botanique sonore à écouter au casque
Equipe : Bénédicte Chevallereau, Alice Fahrenkrug et Thierry Lafollie (Botanistes d’intérieurs).
Production : Ville de Mérignac